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[Panthéon Grec] Les Moires

Découvrez ici les origines profondes de l'ésotérisme. Des anciennes civilisations à nos jours, venez vous plonger dans les mystères de l'histoire, des traditions et des mythologies des 4 coins du monde....

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[Panthéon Grec] Les Moires

Message par Julia Boschiero » Mar 20 Nov 2012 13:43

Les Moires


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Le nom de Moires vient du grec Μοῖραι (Moîrai), "la part" du destin assigné à chacun. Si les trois déesses du Destin sont souvent citées ensemble, on retrouve également des descriptifs de chacune de ces trois soeurs et de leurs rôles.

- Clotho (Κλωθώ - "La fileuse") est la première à intervenir, celle qui file la laine pour construire le fil du destin des hommes.
- Lachésis (Λάχεσις - "La répartitrice") pèse ensuite le destin de chaque être pour lui attribuer la part de bonheur et de malheur qui lui reviens.
- Atropos (Ἄτροπος - "L'inflexible") arrive enfin lorsque l'heure est venue, et coupe le fil de la vie apportant ainsi la mort.


Filiation :

Les débats et questionnements sur leur filiation sont nombreux. Les mythes et poètes eux-mêmes ne s'accordent pas sur l'origine des moires, laissant ainsi cours à de nombreuses versions.
- La Théogonie d'Hessiode leur attribue à elle seule deux ascendances différentes : Nyx (la nuit) dans un premier temps - cette version fait d'elles les soeurs des terribles kérès, porteuses de mort sur les champs de bataille, qui accompagnent les âmes des défunts vers les enfers - puis plus loin le couple de Zeus (Souverain des Dieux) et Thémis (La loi divine) - Les rapprochant ainsi des Heures (les régulatrices de la vie humaine) et d'Astrée (La justice, en accompagnement de Thémis).
- La Théogonie Orphique est elle aussi peu précise : Les Moires y seraient les filles directes d'Ouranos (Ciel primordial) et de Gaïa (Terre primordiale), mais elles sont également mentionnées comme descendant de Kronos (Le temps). Dans cette version, Aphrodite est parfois citée comme "La plus ancienne des Moires".
- Enfin Platon, dans "La République", en fait les filles d'Ananké (La nécessité).

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Attributs :

De toutes ces filiations différentes, ressortent tout de même de grandes lignes. Les Moires sont dans la majorité des cas considérées comme faisant partie de la première génération des Dieux grecs : Celle des forces primordiale. On distingue ainsi en ces soeurs la personnification d'un des fondements du monde, celui de l'ordre naturel.
Qu'il soit considéré comme issu de la Nuit, de la Loi divine et de son autorité, ou de la Nécessité, il s'agit dans tous les cas d'une marche naturelle du monde qui ne peut être transgressée sans en subir les conséquences. Les Dieux eux mêmes sont dans bien des Mythes soumis à la décision irrévocable des Moires, leur seul avantage en tant qu'immortels est d'être conscients de cette finalité et de pouvoir choisir de l'accepter.

Les Mythes ne parlent que peu des Moires. Elles sont à la fois quasi absentes en tant que protagonistes et omniprésentes de part leur implication dans chaque évènement de la vie de hommes et des Dieux.
Elles auraient par exemple transmis l'alphabet à Hermès qui en aurait fait le langage. Cette richesse transmise à son tour aux hommes leurs permirent de communiquer entre eux et avec les Dieux. Leur action se situe donc toujours en amont de ce que l'homme pourra percevoir.
Le Mythe d'Apollon qui enivre les Moires pour les convaincre d'octroyer à son ami Admetus une part de vie plus longue que celle qui lui était destinée, nous rappelle enfin que même la loi la plus immuable a son exception, son "miracle".
Bien que les décisions des Moires soient inflexibles, il leur arrivait toutefois de soutenir elles-mêmes les victimes de ces nécessités, montrant ainsi une distinction entre leurs préférences et la responsabilité de leurs verdicts.


On distingue également une évolution dans la considération des Moires au fil des générations. Les descriptions les plus anciennes en parlent comme d'être célestes, couronnées et vêtues d'étoiles. Plus tard, les images deviennent celles de vieilles femmes menaçantes et tapies dans une caverne.
Ces distinctions peuvent être aisément attribuées à l'ambiguïté que suscitaient les Moires. Elles étaient tantôt aimées, tantôt craintes au fil des chances et des malheurs de la vie, puis profondément redoutée à mesure que la sentence approchait pour soi ou pour les êtres aimés.
Ainsi plus les époques avancent plus elles sont considérées comme une fatalité, les geôlières de la prison du destin qui empêchent les hommes de vivre à leur guise, alors même que les poètes et philosophes en eurent au départ une vision bien plus nuancée. Les écrivains les plus tardif en arrivèrent ainsi à redistribuer les rôles, en attribuant à Zeus le statut de "Maître des Destinées". Dans ces versions tardives, le Souverain des Dieux jugeait lui-même des évolutions possible du fil du destin, et faisait le tri entre celles qui lui convenaient ou non, puis transmettait ses directives aux Moires.


Cultes aux Moires :

Les Moires accompagnaient les hommes de leur premier à leur dernier souffle en présidant aux naissances, aux mariages, et bien entendu aux décès. On les priait et leur apportait des offrandes pour s'assurer de leur clémence dans les part de malheur et de vie attribuée à un nouveau né ou à une union.


Lecture du rôle des Moires :

Dans une lecture plus détachée, et souhaitons le, moins emprunte de peur du rôle des Moires, on considérera plus aisément leurs premiers attributs. Dans leur description première, les Moires tissent le fil du destin des hommes, dont certaines étapes seront inévitables (les fameuses part de bonheur et de malheur, ainsi que la mort) mais dont le chemin n'est pas tracé. Notre fil n'est pas une unique voie d'évolution, mais une multitude de filaments comme autant de possibilités. Se défier du destin ou plutôt de l'ordre naturel du monde, revient à vouloir sortir de ce fil, à vouloir dépasser les possibilités humaines offertes par le monde. De tels actes s'accompagnaient immanquablement de graves conséquences dans la mythologie grecque, décrites comme la punition des Moires face à la défiance.

Nous sommes ici dans une personnification du constat des limites de l'être humain. Ainsi celui qui, par ambition, prétention, ou même par peur, tentait d'outrepasser ses capacités humaines (représentées par le jugement inflexible des moires) s'exposait à une souffrance supplémentaire.
La notion de destin telle que considérée en Grèce diffère de l'interprétation romaine de fatalité par cette légère et pourtant très importante notion : Les Moires n'écrivent pas le destin des hommes à l'avance, mais en définissent simplement les possibles et les limites. L'équilibre du monde demande que tout être (y compris les Moires elles-mêmes en quelques sortes) soit soumis à ses lois. Les dépasser revient à condamner l'ordre naturel, et par la même occasion les vivants eux-mêmes.

Le seul avantage des Dieux par rapport aux humains était de connaître les verdicts des Moires et d'ainsi pourvoir les accepter. Apporter à leurs protégés cette connaissance était perçu dans les mythes comme un moyen de les préserver. Face à la nécessite impérieuse, le seul choix qu'il reste est celui d'accepter ou de se rebeller face à ce qui ne peut être changé. S'en suit la décision qui amènera les uns à traverser les épreuves ou la mort avec sérénité, et les autres à se détruire corps et âme en combattant le monde lui-même.


Dans le paganisme aujourd'hui :

Peu sollicitées dans les pratiques invocatoires courantes, les Moires ne sont pas des Déesses qui répondent aux demandes d'amour, d'argent ou de chance de leurs priants. Si la nécessité le veut bien elles peuvent toutefois les éclairer et les guider vers leurs différentes possibilités.

On les appellera donc pour trouver un chemin de vie, ou encore pour traverser au mieux les épreuves éprouvantes (afin d'en tirer les leçons et d'éviter de reproduire les même erreurs).
Elles sont toutes indiquées pour protéger les nouveaux nés et les accompagner de façon à ce qu'ils s'épanouissent au mieux dans leur vie.
Il en ira de même pour une union bénie par les Moires, dont l'influence rendra plus propice le dépassement des crises et la préservation des moments heureux.
Enfin lors d'un décès, elles peuvent apporter libération au défunt et acceptation aux vivants, de façon à ce que chacun puisse pleinement et sereinement vivre ce que l'univers lui réserve.


Autres fileuses du Destin :

Les Grecs ne furent pas les seuls à représenter le destin par des déesses fileuses. On notera l'héritage romain des Parques (Nona, Décime et Morta) ainsi que les nordiques Nornes (Urd, Verdandi et Skuld).


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Sources :
http://www.yrub.com/mytho/moires.htm
http://www.le-sidh.org/site/article_483.html
http://fr.wikipedia.org/wiki/Moires
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Re: [Panthéon Grec] Les Moires

Message par Groucho » Mar 20 Nov 2012 19:18

Platon, dans "La République", en fait les filles d'Ananké (La nécessité).


On sent le fatalisme de Socrate derrière Platon, si j'ose dire.

Bel article !
Faux-monnayeur.
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Re: [Panthéon Grec] Les Moires

Message par Fredericus Coriarius » Mar 20 Nov 2012 20:33

Bel article.

Les romains les adoptèrent sous le nom de Parques.

^^
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Re: [Panthéon Grec] Les Moires

Message par Julia Boschiero » Mar 20 Nov 2012 21:48

Je me suis concentrée sur la version grecque parce que les romains semblent plus rapprocher les fileuses d'une fatalité pré-écrite ^^. Mais ce serait peut-être bien de préparer un paragraphe supplémentaire pour rappeler les divinités tisseuses du destin dans les autres panthéons... Il y a déjà les parques et les nornes qui sont incontournables ^^.

Quoi qu'il en soit je suis contente que l'article vous plaise :).
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Re: [Panthéon Grec] Les Moires

Message par kAzIm » Jeu 22 Nov 2012 00:29

Merci pour cet article. Les Nornes ou Moires, tisseuses des fils du destin, sont parfois également associées aux 3 visages d'Hékate, qui se tient au carrefour des temps d'hier, aujourd'hui et demain. Leur rôle de tisseuses les rapproche aussi de l'archétype de l'araignée, grande tisseuse de la toile céleste manifestant la vie et son déroulement dans l'univers manifesté. On ainsi aussi la notion de temporalité qui s'exprime à travers elles, naissance, vie et mort, et effectivement destin.

En complément sur la tradition nordique, une prose que je me suis amusé à mettre en image, les Poèmes Barbares de Leconte de Lisle -

:)
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Re: [Panthéon Grec] Les Moires

Message par Arthis » Ven 23 Nov 2012 11:18

Dans une vision plus large, on peut retrouver la notion du temps qui passe en trois phases. avec les trois âges par lesquels passent la femme et l'homme, naissance, mâturité et vieilesse. Comme il a été indiqué sur le rapport à Hécate, on peut aussi rapprocher une vision de trois principales phases de la lune, symbolisées parfois par trois couleurs.Le rouet est souvent repésenté du moyen-âge
(enluminures) à la renaissance pour représenter à lui-seul le cours de la vie, il me semble. On peut à ce sujet se pencher
sur le tarot de Marseille et sur les jeux plus anciens, pour remarquer la lame de la Rove de Fortune et sur ses personnages...
Arthis, dit Ossian, dit Oisin? dit Philutin
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Re: [Panthéon Grec] Les Moires

Message par Julia Boschiero » Ven 23 Nov 2012 11:47

Arthis a écrit :Dans une vision plus large, on peut retrouver la notion du temps qui passe en trois phases. avec les trois âges par lesquels passent la femme et l'homme, naissance, mâturité et vieilesse. Comme il a été indiqué sur le rapport à Hécate, on peut aussi rapprocher une vision de trois principales phases de la lune, symbolisées parfois par trois couleurs.

Je trouves ces rapports assez explicites avec la célébration des naissances, mariages et décès, mais c'est vrais qu'ils ne sont pas cités :).

Quant à la roue de la fortune, je l'ai toujours perçue comme une carte descendant des moires ou du moins de fileuses du destin en général. Je n'en ai pas la certitude, mais il me semble qu'elle apparaît tout de même plus tard que ces divinités.
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Re: [Panthéon Grec] Les Moires

Message par Arthis » Ven 23 Nov 2012 13:22

je pense que tu as raison Julia, il est possible que ce retour des symboles grecs et romains vienne d'une redécouverte de ces cultures par les bibliothèques de certaines riches familles qui ont acquis ou commandé des copies détenus par certains monastères, mais je n'en suis pas certain. On peut voir une certaine continuité culturelle par le passage des arabes et des juifs en Espagne puis dans le sud-ouest de la France...mais je n'en suis par certain non-plus. Toujours est-il que j'ai lu quelque chose au sujet d'enluminures espagnoles repésentant des symboles de l'Apocalypse et des ressemblances parfois troublantes avec certaines figures des anciens tarots, encore une autre piste peut-être...
Pour revenir l'arcane de la roue de fortune, je crois que c'est l'épée du personnage central dans certaines repésentations qui m'avait mis sur la voie des Moires.
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Re: [Panthéon Grec] Les Moires

Message par Kyrillos » Mar 5 Mars 2013 10:07

Article très intéressant Julia (et toujours plaisant à lire! ^^)
Vos commentaires et différentes pistes à explorer sont très pertinents aussi.

J'ai déjà croisé des illustrations ou références à ces tisseuses à l'époque, je ne me souviens plus si c'était des Moires ou autres. Je me sens attirée par elles, mais c'est vrais que dans mes lectures actuelles elles ne sont jamais évoquées... :(

Je lirais donc la suite des commentaires avec intérêt! ;)

:bisou: :bisou: !
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