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Légende de la ville d'Ys - DAHUD

Découvrez ici les origines profondes de l'ésotérisme. Des anciennes civilisations à nos jours, venez vous plonger dans les mystères de l'histoire, des traditions et des mythologies des 4 coins du monde....

Modérateurs : Fredericus Coriarius, Modérateurs

Légende de la ville d'Ys - DAHUD

Message par Aka-rhi » Lun 1 Nov 2010 11:33

YS

Il y avait une fois en Cornouailles, un roi nommé Gradlon qui possédait de nombreux navires. C’était un stratège hors pair et ce génie lui permettait de gagner la plupart des batailles lancées contre les lointains royaumes du Nord. Ainsi, il amassa de nombreuses richesses, pillées à
ses ennemis vaincus.

Un jour, tandis qu’ils assiégeaient un château des plus puissants et des mieux protégés, ses marins vinrent le voir.

« Voilà de longues années que nous combattons à vos côtés, mon roi. Et nos cales sont
maintenant tellement pleines que nous ne pourrons y ajouter de richesses
supplémentaires. L’hiver approche. Nous sommes fatigués de nous battre, et nos
familles nous manquent, leur dirent-ils. »

Gradlon était un guerrier intraitable, mais il n’était pas cruel. Il confia à son second la direction des navires et les marins purent s’en retourner chez eux.
Gradlon resta seul.

Peu après, alors que le roi de Cornouailles se réchauffait auprès de son feu, il vit apparaitre une femme.
Elle était tellement belle qu’il crut tout d’abord à une vision. Ses cheveux
roux dansaient dans la nuit comme les flammes devant ses yeux. Son visage,
pâle, rappelait les neiges du Nord. Et dans ses grands yeux bleus, il vit les
profondeurs de l’Océan qu’il aimait tant. Il n’en fallu pas plus au valeureux guerrier
pour tomber amoureux. La femme lui parla alors de la voix la plus claire qu’il
eut jamais entendue.

« Je suis Malgven, la reine du Nord, dit-elle. » Il sentit sur sa joue le
souffle glacée de la reine, comme une caresse.
« Je te connais, Gradlon de Cornouailles. Tu es courageux, et adroit au combat. Mon
mari quant à lui est vieux, et son épée est rouillée. Toi et moi allons le
tuer. Ensuite, tu m’emmèneras dans ton pays où je serai ta reine. ».

Elle tendit un bras vers lui. Quand il toucha sa main, froide, douce comme l’étoffe la plus délicate, il comprit qu’elle ne faisait pas tout à fait partie de ce monde.

Le lendemain, ils se rendirent au château du Roi du Nord. C’était, ainsi que l’avait dit Malgven, un homme vieux et fatiguée et les amants n’eurent pas de mal à lui accorder le repos éternel. La
Reine mena ensuite Gradlon aux écuries et lui présenta Morvac’h, son cheval. C’était
une bête magnifique : un étalon noir des narines duquel émanaient une fumée
épaisse. Dans ses yeux dansait la même flamme qui animait la chevelure de
Malgven.

« Voici mon destrier, dit-elle. Nous allons monter ensemble et il nous emmènera jusqu’à
tes navires. Parce que ce cheval n’est pas un cheval ordinaire : né des
sombres profondeurs de l’Océan, il est capable de galoper sur la mer comme sur
la terre, et si vite que le vent même peine à le suivre. »
En silence, Gradlon enfourcha l’animal.
Ainsi que l’avait annoncé Malgven, le cheval galopa, galopa, galopa tant et plus qu’ils rejoignirent en à peine trois jours la flotte de Gradlon. L’animal allait si vite qu’à cause de son
élan, il éloigna le navire auprès duquel il s’arrêta du reste de la flotte.

Gradlon et Malgaven restèrent longtemps en mer, si bien que la Reine donna naissance à une fille prénommée Dahud.
Pour le grand malheur du roi, sa bien-aimée mourut en couche. Avant de rendre
son dernier soupir, elle offrit à sa fille le don de son propre visage, afin
que le roi se souvienne d’elle à jamais. Quelques semaines plus tard, Gradlon
et son équipage atteignirent la Cornouaille.

Les années passèrent, et Dahud grandit. Elle devint aussi belle que sa mère, si ce n’est plus. Elle avait le même visage, et surtout les mêmes yeux aussi bleus que l’océan. Sa chevelure
toutefois n’avait pas la couleur des flammes, mais celle des profondeurs :
noir de jais. Dahud avait avec la mer une relation d’amour profond. Tous les
jours, elle allait nager et folâtrer dans les vagues. Tous les soirs, elle restait des heures à la
fenêtre de sa chambre, regardant l’horizon. De nombreuses fois, elle effraya
son père et les prêtres par son caractère intrépide et sa langue acérée. Ces
derniers en parlèrent à Gradlon devenu chrétien : il écoutait
attentivement les prêtres, mais aimait tant sa fille qu’il ne pouvait se
résoudre à la réprimander.

Le jour de ses treize ans, alors que le roi demandait à sa fille ce qui lui ferait plaisir pour son entrée dans la vie de femme, Dahud lui fit part de son désir de voir naître une cité des
flots. Une cité sur laquelle elle régnerait et qui serait un hommage à l’océan
où elle pourrait vivre à la manière des anciens, loin des carcans imposés par l’Eglise.

Suite à toutes ses victoires, le roi était suffisamment riche pour accéder à cette requête. Ainsi en quelques années fit-il construire la ville d’Ys, sur le fond de l’actuelle baie de Douarnenez
en Bretagne. Grâce à l’aide des Korrigans, dont le langage lui fut transmis par
le sang de sa mère, Dahud y fit bâtir de grandes écluses pour protéger la ville
des fureurs de l’océan et confia les clefs à son père.

Ys était la plus belle et la plus impressionnante ville du monde. On y honorait les dieux anciens ainsi que les plaisirs de la nature et du corps, sous l’influence de la princesse Dahud. Le bruit
commença a courir que Dahud menait une vie de débauche : un amant
différent chaque soir, qui ne verrait jamais le soleil se lever le lendemain
matin. Dahud n’infirmait ni ne confirmait ces rumeurs, ce qui déplaisait fort à
Saint Guenolé. Cet homme de Dieu fervent ne put supporter longtemps ce qu’il
percevait comme étant un pêché. Il parvint à convaincre Gradlon de faire construire
une église dans la ville. Les sermons de Guenolé restaient sans effet, mais un
jour un prince passa les portes de la ville.

Tout vêtu de rouge, le regard sombre, et beau comme le soleil couchant, il séduisit Dahud. Le soir, Dahud le fit venir et une tempête éclata. Le vent mugissait, les vagues se déchainaient
sur les murailles, mais les écluses tenaient bon.
« Que la tempête rugisse, les écluses sont solides et j’en ai confié l’unique clef à
Gradlon mon père, qui la tient à son cou », dit Dahud à son amant inquiet.

« Si tu m’aimes, répondit le chevalier rouge, tu t’empareras de cette clef et comme
preuve d’amour tu me les confieras à moi plutôt qu’à ton père, ainsi nous
serons liés à jamais. »

Or, Dahud était tombée amoureuse de ce chevalier. N’écoutant que son cœur, elle partit la nuit même dérober la clef à son père endormi et les remit à son amant.

Elle s’endormit ainsi dans les bras d’un homme qui se leva dans la nuit, dans le froid et la tempête. D’un homme qui était en réalité le Diable, et qui s’en alla ouvrir les écluses.

La mer déchainée monta en une vague énorme et engloutit la ville. Le roi et sa fille montèrent sur Morvac’h, le cheval magique de Malgaven, mais Saint Guénolé vint près d’eux et parla au Roi : « Vois ce qu’elle a fait de la ville ! Vois la fureur divine s’abattre sur nous,
et sur elle ! Repousse le démon assis derrière toi ! ».

Après une hésitation qui dura une minute et une éternité, Gradlon accepta et poussa sa fille chérie dans les eaux tumultueuses. Il s’échappa de la tourmente avec Guénolé et s’installa à Quimper pour en faire sa nouvelle capitale.

Quant à Dahud, recouverte par les eaux, elle ne mourut pas : transformée en sirène, elle veille sur les vestiges de la ville d’Ys. Les marins entendent encore, par temps clame, les
cloches de la cité engloutie, qui dit-on ressurgira des flots quand la ville de
Paris, qui est Pareille à Is, sera engloutie à son tour.




NOTE :
J'ai compulsé divers sites internets et livres de contes dans lesquels l'histoire de Dahud était résumée, mais cette version là est écrite de ma plume. Les versions son nombreuses et certains passages ont plusieurs versions. J'y ai donc fait des choix. Je vous encourage, pour une meilleure compréhension, à aller découvrir les alternatives que j'ai laissé de côté.
Je pense en particulier au personnage de Saint Guénolé, qui apparaît ici comme intransigeant et dur : certaines autres versions en font un personnage compréhensif poussé par sa hiérarchie à punir Dahud. L'un ou l'autre choix se tient, je n'ai fait celui-ci que parce qu'il fallait choisir (toutefois, je préfère la notion de hiérarchie, je modifierai sans doute le conte plus tard).
Dernière édition par Aka-rhi le Lun 1 Nov 2010 11:42, édité 2 fois.
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Re: Légende de la ville d'Ys - DAHUD

Message par Aka-rhi » Lun 1 Nov 2010 11:36

Dahud :
Personnage issu de la mythologie celtique
Conte : La ville d'Ys
Où trouver ce conte ?
Vous trouverez très facilement une storyline du conte en cherchant sur internet, mais, issu d'un milieu de tradition orale, vous aurez du mal à en trouver un tout prêt. Je vous encourage donc à compulser les différentes storylines pour bien comprendre les tenants et aboutissants, ou, pourquoi pas, à l'écrire vous mêmes !


Le double héritage :
Dahud est un personnage issue de deux mondes à la fois : le monde des humains, et celui des fées. Elle possède un très grand pouvoir spirituel, hérité de sa mère.
Elle est en même temps ancrée dans le monde matériel et tangible des humains.
Ce double héritage lui donne une puissance particulière, entière : à travers elle, l'aspect magique et spirituel habituellement intangible peut prendre forme dans le monde.
Une puissance que nous autres, pauvres humains, n'étions pas prêts à accepter.

Avatar de la Déesse
Gâce à ce double héritage, Dahud acquiert une compréhension du monde qui dépasse de loin celle de l'humain lambda. Sa puissance et sa connaissance en font un avatar de la Grande Déesse sous toutes ses formes.
Sa perception du Bien et du Mal est au delà des acceptions communes. Bien sûr, c'est effrayant ! Elle prone pourtant l'ouverture et le respect.
Elle est la jeune femme/amante, par son âge et ses activités nocturnes (elle est l'Amante du Grand Cornu).
Elle est la Mère, bâtisseuse de la cité d'Ys dont elle est la Reine (ce qui n'est pas sans rappeler le personnage poitevin de Mélusine).
Elle est la Sage, qui cherche à faire de son royaume un monde d'ouverture, de respect, ou chaque religion et chaque spiritualité pourra s'exprimer, enrichir les autres, et s'enrichir soi-même par l'apprentissage et le partage.
Elle est garante des trois aspects du monde Celte : Souveraineté (Reine de la ville d'Ys), Guerre (elle n'hésite pas à défendre sa cité elle-même, elle est formée aux activités physiques), Fertilité (Amante du Grand Cornu, apport de luxe et de bien être dans la cité). En cela, elle est avatar de la Grande Déesse Celtique qui porte le nom de Bridgit, Dana ou Morrigan.
Elle entretien une relation particulière avec l'océan, ce qui l'apparente des divinités primordiales comme Aphrodite (panthéon Grec) ou Yemanja (panthéon africain et vaudoo). Elle peut également être perçue comme une Sirène, puisqu'elle vit désormais sous les eaux pour protéger sa cité.
Sa position d'avatar de la Grande Déesse en fait une représentante des Anciennes Religions, en opposition avec la Nouvelle Religion, le Christianisme.

Autres personnages :

La mère de Dahud : Fée, avatar de la Grande Déesse incomplet puisqu'elle ne peut évoluer que dans l'un des mondes.

Le père de Dahud : Humain de classe supérieure, puisque c'est un Roi brave et courageux.

Homme en rouge : Le Diable, l'Adversaire.
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Re: Légende de la ville d'Ys - DAHUD

Message par fafnyr » Mar 2 Nov 2010 20:34

Je connaissais pas du tout ce conte bretons, je le trouve trés beau ;) .

Effectivement, il explique bien la rivalité entre la religion payenne et chrétienne :) .
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Re: Légende de la ville d'Ys - DAHUD

Message par Loki » Mer 3 Nov 2010 00:24

Fafnyr
Effectivement, il explique bien la rivalité entre la religion payenne et chrétienne


Oui c'est vrai... Je trouve particulière belle la fin, où la religion payenne, disparue en apparence, continue de vivre "dans les eaux".

Il y a aussi la clef, qui fait passer tout un monde (la ville païenne) d'un état à un autre.
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Re: Légende de la ville d'Ys - DAHUD

Message par Aka-rhi » Mer 3 Nov 2010 11:21

C'est ce que j'ai choisi de mettre en avant à cause de la diabolisation du paganisme, mais en réalité, la ville elle-même n'est pas tout à fait païenne.

D'autres versions disent que au sein de la ville, il n'y a aucun lieu de culte. En revanche, alentours, tous les lieux de cultes sont autorisés. A l'extérieur des enceintes, tous les lieux de cultes sont autorisés. Et ce serait justement parce que l'Eglise chréteinne voulait mettre un lieu de culte A L'INTERIEUR que les prêtres auraient commencé à pomper l'air à Dahud et à ses façons de vivre.

Cette deuxième version fait d'Ys la première ville LAIQUE ! (et comme on voit, ca n'a pas marché).


Pour éviter toute dérive : je n'ai rien contre les chrétiens, soyons bien clairs ^^ (j'ai une dent contre l'institution qu'est l'Eglise, mais certainement pas contre les croyants).

Ici, le prêtre représente l'institution, qui diabolise ce qui peut déstabiliser son pouvoir.
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Re: Légende de la ville d'Ys - DAHUD

Message par fafnyr » Mer 3 Nov 2010 21:28

(j'ai une dent contre l'institution qu'est l'Eglise, mais certainement pas contre les croyants) comme moi ^^
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Re: Légende de la ville d'Ys - DAHUD

Message par Leanne » Mer 8 Déc 2010 13:48

très jolie histoire :)
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Re: Légende de la ville d'Ys - DAHUD

Message par Naraphel » Mer 8 Déc 2010 17:10

Cette légende a inspirée un jeu vidéo puis un manga du nom d'Ys me semble t'il :lol:
Agir, c'est une création continue.
En permettant l'homme, la nature a commis beaucoup plus qu'une erreur de calcul : un attentat contre elle-même.
L'homme est le chef-d'œuvre de la création, mais c'est lui qui le dit.
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Re: Légende de la ville d'Ys - DAHUD

Message par Aka-rhi » Ven 10 Déc 2010 09:26

Et aussi une excellente bande dessinée !

Cette légende s'est imprimée dans l'imaginaire collectif, je pense que c'est parce qu'il s'agit d'une histoire de cité engloutie/disparue. Ca évoque, j'imagine, l'Atlantide, Sodome et Gomorrhe et de façon plus globale, la légende biblique du Déluge. Nettoyage par le vide des péchés ^^

Pour ma part, ca m'évoque aussi toutes les cités disparues ou du moins rendues inaccessibles au commun des mortels. Comme un Autre Monde.

En somme, un moment où tout était bon, une sorte de Paradis désormais perdu par la faute de l'orgueil des Hommes (vis à vis des êtres magiques par exemple)

Qu'en pensez-vous ?
Bien évidement, chaque ville et civilisation engloutie ou disparue est individualisée, a son histoire propre. Mais ne pensez-vous pas qu'il puisse y avoir un fondement commun ? Peut-être autant de visions d'une légende identiques ?
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Re: Légende de la ville d'Ys - DAHUD

Message par Leanne » Ven 10 Déc 2010 09:46

c'est justement ce qui fait que ce sont des légendes, mais qui dit légende, dit (pour moi) un fond de réalité!!
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